
En vrac, l’Inde c’est plein de petits trucs comme ça : les klaxons omniprésents, les rickshaws (tuk-tuk) vert-et-jaunes, les ongles tout le temps sales, l’odeur des beedies (cigarettes roulées dans des feuilles d’arbre), les vieux ventilos aux plafonds des chambres décrépites, la chaleur, l’eau en bouteille, le masala chai (thé aux épices), les odeurs fortes, les déchets dans les rues, les fenêtres à barreaux des trains, les vaches sacrées dans les rues, les meutes de chiens qui hantent les villes la nuit, la poussière qui gratte la gorge, les lassis (milk-shake à base de yahourt) et les banana-pancakes, la cuisine aux mille couleurs et mille saveurs, les saris colorés des femmes, les pauvres et les mendiants, les Namaste et les sourires, la mousson, etc.
L’Inde, c’est un peu un concentré de toute l’Asie, un lieu - ou plutôt des lieux - où tout est multiplié par 10. Le bon et le mauvais. Et dire que je n’en connais pas le 10e…
J’y remets les pieds pour la deuxième fois (après la partie Himalaya il y à 4 ans), en basse saison touristique, et au moment le plus chaud (par exemple au moment où j’écris, il fait 47°C dehors).
Au soleil, l’air est très chaud, et pour peu qu’il y ait un peu de vent, ça brûle carrément la peau. L’eau dans mes bouteilles est chaude. Pas tiède, chaude.
Je ne me suis pas éternisé à Delhi, bruillante et polluée, et j’ai pris un train pour Agra (bruillante mais un peu moins polluée) pour visiter le Taj Mahal, l’une des 7 Nouvelles Merveilles du Monde. Levé de soleil, peu de monde :
Ici, comme dans la plupart des temples en Inde, les trépieds sont interdits, ce qui signifierait pour moi (entre autres), pas de pano ! Mais ça serait bien mal me connaître, car je suis parvenu à faire quelque chose à main levé :
Quelques autres temples ainsi qu’un fort sont à visiter dans cette ville, mais ils sont largement occultés par le fameux Taj Mahal.
Puis j’ai pris un autre train pour Varanasi, sur les bords du Gange.
Varanasi, la ville la plus sainte et emplie de spiritualité de toute l’Inde. C’est ici que ceux qui peuvent viennent mourir et se faire crémationner, au bord du Gange.
Je n’oublierai jamais ma première sortie sur les gaths (les escaliers qui descendent dans l’eau), au bord du fleuve à 8 heures du matin. En arrivant dans l’ancienne ville, je découvre un labyrinthe de ruelles profondes, sombres et étroites. Au sol, en partie pavées, en partie en terre, jonchées de tas d’ordures malodorants (mais au bout de 2 jours en Inde, les mauvaises odeurs sont très atténuées). Au dessus de la tête, des centaines de fils électriques emmèlés, et des fenêtres à barreaux d’où sont jetés à peu près n’importe quoi. Ces rues sont en partie composées de petite échoppent qui ouvrent vers les 10 heures du matin, et tous les 500 mètres le thème change : “quartier” des vêtements, celui des articles religieux, des marchands de lassi (yahourt), de la nourriture, de la quincaillerie, etc. Certaines rues sont bondés par des centaines d’indiens, d’autres sont soudainement “vides”, hantées par les meutes de chiens errants, les vaches, les chèvres et les singes. Tout ça on ne le trouvera pas à Paris, et même si ça n’en a pas l’air, ça a vraiment son charme.

Donc, mon premier réflexe a été d’essayer de me perdre, ce que j’ai pu accomplir en moins de 10 minutes, au moment où j’ai voulu faire demi-tour devant trois chiens qui grognaient et montraient les dents. Et derrière moi, c’était déjà une autre rue que celle que je venais d’emprunter 30 secondes plus tôt…
Après une heure et demi dans les rues minuscules de plus en plus bondées, j’ai voulu me rendre au gath de Manikarnika, car il était proche d’une guesthouse que je voulais voir. Je n’ai pas trouvé la guesthouse, mais après avoir demandé plusieurs fois mon chemin, j’ai trouvé le gath. À l’entrée, plein de bûches entreposées. Quartier du bois. Sur les marches, plus loin, des indiens se baignent dans le Gange, pour purifier leur âme : bonne ambiance.
Je m’assois à l’ombre pour boire un _chai_ servi dans un petit pot en terre. J’ai mis du temps avant de me rendre compte de la fumée, présente depuis mon arrivée dans le gath : dans un autre coin, des gros feux de bois au bord de l’eau, et des bateaux remplis de bûches. Au milieu des foyers, je distingue de longues formes enroulées dans du tissu et soudain je comprends : des corps qui brûlent, je suis arrivé par hasard au lieu des crémations.
_Pas de photos, car quand bien même ça aurait été autorisé, je n’aurais pas pu de toute façon._
Un marchand à côté de sa boutique m’a expliqué le processus : près de 500 personnes par jour viendraient mourir dans ce lieu, où un petit “hôpital” a été installé pour ceux qui n’ont pas d’argent ni de famille ou d’amis, où ils peuvent attendre la mort.
Le bois, apporté par le fleuve en bateau, provient d’un arbre sacré dont j’ai oublié le nom. Il est le seul qui peut masquer l’odeur des corps brûlés. Il coûte cher (près de 2500 roupies par crémation ?), et environ 300 Kg sont nécessaires pour brûler un corps. Il est payé par les familles des décédés, ou bien grâce aux donations pour ceux et celles qui viennet mourir seuls.
Tout en bas sur les premières terrasses, au plus près du fleuve, sont brûlés ceux des castes inférieurs, à même le sol. Plus on monte et plus la caste est importante, jusqu’aux terrasses sur des toits de bâtiments. Le corps, enveloppé de draps blancs ou de saris colorés, est disposé seul au milieu du bois. La flamme qui allume le bûcher provient d’un temple quelques mètres au dessus dont le foyer serait entretenu depuis des milliers d’années. Le bois du bûcher prend grâce à de la paille placée en dessous de celui-ci. Le corps met près de 3 heures à se consumer entièrement, et les cendres sont placées sur des tas au bord du Gange, qui doit surement les avaler quand l’eau monte chaque année.
Seuls les corps des adultes sont brûlés, car ceux des enfants sont encore purs.
Le marchand m’a emmené dans un bâtiment délabré d’où j’ai pu voir tout ça d’en haut, n’étant autorisées que les familles près des crémations.
À mon retour dans la vieille ville, je croise plusieurs processions funéraires dans les rues étroites, le mort porté à hauteur d’épaule sur un brancard en bambous décoré, et suivi par ceux que je pense être la famille. Je n’ai vu personne pleurer, pas de visages tristes.
Au final, toute cette ambiance n’a rien de morbide et de négative, elle est emprunte d’une très grande spiritualité, presque palpable, et reconnaissable pour des traditions qui existent depuis des milliers d’années.
L’expérience est très marquantes.
Le lendemain matin, je me rends sur les bords du Gange à 5 heures pour faire un petit tour en barque. Il ne fait pas encore trop chaud, les rues sont encore calmes. Sur l’eau on peut voir le soleil se lever, et de l’autre côté, les baignades matinales des indiens sur les gaths venus purifier leur corps et leur âme dans le fleuve, ainsi que les cérémonies religieuse, la lessive ou bien d’autres activités comme les offrandes ou les hommes venus se raser.
Le soir, une cérémonie sur le gath principal de la ville, mais les photos ne sont pas prètes !
Namaste